TO4E - Europa - 2003

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Activer l'île d'Europa ne serait pas une chose facile. Dès le départ de l'idée, il apparaissait que beaucoup de difficultés seraient à surmonter pour réaliser cette expédition. En 1999, Didier F5OGL et Rafik F5CQ commençaient les démarches. Après un échec, ils se remettaient au travail et finalement obtenaient un accord de principe en septembre 2003.

Il faut savoir que l'île d'Europa est une réserve naturelle depuis 30 ans, son accès est très limité et actuellement seuls les militaires qui assurent la mission de souveraineté sont autorisés permanents. Par ailleurs, les techniciens de Météo France peuvent s'y rendre pour des opérations de maintenance sur leurs installations et occasionnellement des scientifiques y séjournent. De 1950 à 2000 les techniciens Météo assuraient une présence permanente. Ce qui permettait parfois de trouver des stations FR7/E, FR5/E ou FRØ/E sur les bandes. L'automatisation des stations météo a contribué à supprimer cette présence, c'est pourquoi les activités radioamateurs y sont devenues plus rares (voir les QSL sur le site LNDX http://LesNouvellesDX.free.fr/


Finalement, le 21 octobre 2003 arrive le dernier feu vert officiel. Nous étudions rapidement les possibilités de transport entre l'île de la Réunion et l'île Europa avec l'état major des forces armées stationnées dans la zone Sud de l'océan Indien. Il n'y a que peu de solutions et nous acceptons la solution d'un aller par bateau de la Marine Nationale et d'un retour en avion de l'armée de l'Air. Les dates programmées sont : embarquement sur le bâtiment de transport léger le "La Grandière" le lundi 17 novembre à 16 heures, arrivée estimée le 24 novembre en matinée sur Europa. Cela ajoute 7 jours à notre périple et en conséquence plusieurs opérateurs se désistent pour raisons professionnelles. En effet, le dossier initial estimait la mission à 12 ou 15 jours. Sachant que le retour nous est proposé pour le 17 décembre, cela faisait une durée totale supérieure à un mois. De plus, Didier F5OGL est déclaré indisponible par son chirurgien. C'est une lourde déception pour lui. Par téléphone, nous analysons la situation et il lui revient la lourde décision d'annuler l'expédition ou de poursuivre. Compte tenu d'un certain nombre de paramètres ; difficulté d'obtenir une autorisation ultérieure, disponibilité des opérateurs, évolution de la propagation, il décide de confier la conduite de l'opération à Dany F5CW. Didier restera en France pour piloter tous les aspects relationnels avec les autorités, les sponsors et les organisations radioamateurs. Ainsi, à trois semaines du départ, il faut remplacer six opérateurs... Sachant que tous les opérateurs doivent être militaires français. En dernière minute sont recrutés F5PTM Pascal et F5NHJ Jean-louis. Finalement l'équipe sera réduite à cinq opérateurs : Dany F5CW du CASSIC à Villacoublay, Eric F5JKK du 3ème Régiment d'Infanterie de Marine à Vannes, Freddy F5IRO du 28ème Régiment de Transmissions à Issoire, Jean-louis F5NHJ de l'ESIC 1J943 à Nice et Pascal F5PTM du 3ème Régiment d'Hélicoptères de Combat à Etain.

DanyF5CW

F5CW prend en charge la gestion du matériel à expédier pour qu'il soit mis à bord du bateau avant le 14 novembre. Ce qui ne laisse que deux semaines pour tout rassembler, contrôler, emballer et déposer chez un transitaire. Le jour de l'envoi du fret, les antennes Titanex et les filtres Dunestar ne sont pas arrivés. Il faudra probablement alourdir nos bagages personnels. Le dossier prévoyant un aller-retour Europa/la Réunion en avion, la charge autorisée était limitée à 300 kg. Cette restriction nous a imposé des choix délicats dans les équipements : un seul ampli, peu d'antennes lourdes, peu de mats, etc... Finalement trois transceivers, un ampli, une beam, des verticales, deux PC, 500 m de câble coaxial, 800 m de fil pour les radians, et les accessoires sont signalés bien embarqués sur le bateau le jeudi 13 novembre. Merci au MP Stéfani pour son aide précieuse et à l'ETAM. Entre temps, la nouvelle équipe constate que le prix des billets d'avion a nettement augmenté pour passer de 800 euros à plus de 1100... (Le transfert entre Paris et La Réunion est à la charge des opérateurs ainsi que les frais relatifs aux journées passées en transit).

Eric FJKK

Le 15 novembre, l'équipe complète se retrouve à l'aéroport de Paris-Orly. De nombreux OM du radio-club F6KOP sont là pour nous souhaiter bonne chance et ils nous offrent des casquettes avec l'indicatif TO4E. C'est l'occasion de faire une photo pour notre site Internet tenu par Rafik F5CQ. Nous faisons enregistrer nos 35 kg de bagages supplémentaires, essentiellement les antennes Titanex reconditionnées en colis de 2m de long. Puis nos très gros bagages qui contiennent des équipements complémentaires, deux transceivers, trois PC, les filtres de bandes fournis par Flo F5CWU qui à fait le déplacement spécialement pour nous les prêter ! Merci Flo, faire 400 km entre 22h00 et 2h00 pour nous dépanner, c'est un geste digne du plus bel esprit OM.

Jean-Louis F5NHJ

A notre arrivée à l'aéroport de St Denis Gillot, Alain Gillard (2ème RPIMa) nous attend avec un bus pour rejoindre notre site d'hébergement avant l'embarquement. Un grand merci à Eric F5JKK qui a géré toute la logistique sur La Réunion, ainsi qu'à la CQG à la caserne Lambert et en particulier au capitaine Burban pour son efficacité et son aide. Nous n'avons pas pu rencontrer Jacques FR5ZU, très occupé à cette période mais Yvon FR1GZ est venu nous apporter une antenne 9 éléments VHF pour faire quelques tentatives en MS avec les ZS. Merci Yvon.

Pascal F5PTM

Le 17 novembre, nous rejoignons le Port des Galets pour embarquer à bord du bâtiment de transport léger "La Grandière". Nous vérifions que nos équipements ont bien été mis à bord et nous remercions les différents intervenants. Après la visite du commandant de la Marine Nationale à La Réunion, nous appareillons. A 18 heures nous sortons du port, direction la haute mer . A cette occasion, un hélicoptère de la Gendarmerie Nationale vient faire une série d'appontages. L'entraînement reste indispensable pour la maîtrise des situations délicates. Enfin, nous mettons le cap vers Mayotte. Notre circuit passera au Nord de Madagascar, juste en dessous des îles Glorieuses. Le Commandant, capitaine de corvette Menut, nous accueille et nous met en relation avec le président du carré des Officiers Mariniers Supérieurs. Le 19 novembre nous apercevons les côtes malgaches. Les journées sont bien remplies, nous assistons et participons aux divers entraînements de l'équipage, destinés à parfaire les réactions face à toute situation d'urgence comme un incendie, un homme à la mer, une voie d'eau, etc... Mais aussi à remplir la mission principale de notre Marine dans cette zone, protéger nos eaux territoriales et donc faire usage des armes si nécessaire.

Freddy F5IRO

Dans la nuit du 19 au 20, nous passons le cap d'Ambre (5R8). Notre arrivée à Dzaoudzi est prévue à 6h30 le 21. Nous serons autorisés à débarquer à Mayotte pour une petite journée, car nous devons reprendre la mer avant 17h le même jour. A 8h30 un chaland nous dépose à terre. Le contact préparé par F5CQ, le major Salou, nous accueille. Il nous donne accès à Internet pour traiter nos messages et nous remet une disquette avec des fichiers de Lance W7GJ transmis par Rafik. Nous faisons nos derniers achats (ventilateurs... produits protection solaire, ...) et nous déposons du courrier à la poste locale. Puis il faut penser à repartir. A bord, le bosco signale qu'on lui a annoncé 123 fûts de carburant au lieu de 120. Les 3 fûts que nous avons demandés seraient donc à bord. Nous appareillons avant la nuit pour sortir du lagon en toute sécurité.

L'arrivée avec le bâtiment de la Marine Nationale

Le 22 novembre, nous visionnons le film "Europa île sauvage". Les opérateurs ne veulent plus débarquer à cause des moustiques... mais ils plaisantent bien sûr ! Ce ne sont pas quelques milliers de moustiques qui vont arrêter une expédition de cette importance. Nous avions tout prévu pour la protection contre les moustiques, produits, habillement, moustiquaires (une par station). Le 23, dernière journée à bord, nous faisons le point sur nos bagages, les courriers postés à bord, les messages à transmettre. De plus, les officiers mariniers du PC télécoms, intrigués par notre expédition, nous accordent l'usage de leur équipement pour signaler notre arrivée imminente. Ainsi, huit stations sont contactées par F5CW/MM.


Le 24, branle-bas très tôt pour voir les côtes d'Europa au soleil levant... Vision féerique avec une mer particulièrement calme. Habituellement le bateau s'y reprend à deux ou trois fois pour parvenir à s'ancrer. Les fonds sont extrêmement pentus, entre l'avant et l'arrière du bateau il y a plus de 200 m d'écart en profondeur. Cette fois, ça accroche du premier coup ! Cela nous fait gagner au moins une heure, et compte tenu que le débarquement ne peut se faire qu'à marée haute, une heure c'est important. Le créneau du matin est très court car la marée commence à redescendre. Aussi, nous avions demandé à faire débarquer un élément précurseur (F5CW et F5JKK) pour prendre contact avec le chef de détachement et pour faire une reconnaissance des lieux. Cela nous ferait gagner du temps sur la deuxième phase. A 7h, Eric saute du zodiac et mouille ses chaussettes ! Puis ils posent le pied sur Europa. Le premier QSO est fait entre TO4E et Freddy F5IRO/MM en VHF - FM afin de conserver un contact avec le bord et avoir des informations sur la suite des opérations. Nous prenons contact avec le responsable du détachement qui est bien informé de notre arrivée. Puis nous faisons une reconnaissance des lieux pour déterminer où acheminer nos équipements.

 gros plan sur une partie des antennes et de la station météo, lieu des stations

 Dans le bâtiment de Météo-France, il y a une station HF avec une antenne losange dirigée vers La Réunion. 400 m plus au Sud, dans les locaux du détachement militaire, il y a aussi une station HF avec une W3HH. Après avoir étudié les diverses utilisations de ces stations, nous savons que la meilleure place sera dans les locaux de la météo car les vacations sont rares et les fréquences utilisées ne devraient pas poser de problèmes réciproques. Pour notre part, les filtres nous protègent bien. Les locaux sont grands, il sera facile d'y implanter trois stations. Surtout, nous sommes à moins de 100 m de la mer, et la place pour les antennes verticales bandes basses ne manque pas. Lors de notre visite à la station militaire, nous sollicitons de faire des essais en CW et en SSB avec l'équipement professionnel. Un premier QSO est réalisé avec F5TEJ en CW sur 28 MHz à 08h40 GMT puis viennent 12 autres QSO en CW - oui c'est peu, mais ni Eric ni Dany n'avait apporté leur PC et le keyer était une bonne vieille pioche ! - puis 24 QSO en SSB. Nous stoppons assez rapidement après avoir passé l'information à notre station pilote en France via F5CWU, car le pile-up monte et l'équipement n'est pas adapté pour gérer un trafic en split. De plus, les opérateurs professionnels, surpris de nos contacts, semblent inquiets et nous ne voulons pas profiter de la situation... L'émission d'amateur est trop peu connue hélas, et nos performances semblent intriguer.

la V160

Nous n'avions pas d'accès Internet sur Europa. Aussi, tous les spots signalés par TO4E ou TO4WW ont été déposés par des stations usurpant ces indicatifs. Au retour nous avons analysé le DX cluster. La station signalée sur 28025,1 à 1139 par DJ7MI est un pirate, comme le précise F5NOD à 1143. De même à 1632 sur 28008. Cela ne nous pose pas de problème. Seuls les logs officiels comptent.

Vers 13 heures, la marée étant à nouveau favorable, les opérations de débarquement reprennent. Une grosse quantité d'eau est livrée en vrac mais aussi en bouteille, 28 fûts de carburants, et des vivres. Trois scientifiques, embarqués à Mayotte, sont débarqués. Ils doivent capturer six tortues marines pour les équiper de balises et étudier leurs déplacements après les avoir relâchées près de Juan de Nova et Madagascar. Le restant de notre équipe surveille le transfert de nos équipements... si les colis tombent à l'eau, l'expédition est compromise. Soulagement, les 300 kg arrivent sur la plage, sont entreposés au soleil puis transportés à la main vers nos locaux... ce qui fait faire 200 m dans le sable sous une chaleur écrasante... Il nous faudra quatre allers-retours chacun pour acheminer tous les colis. Pascal F5PTM en sera quitte pour un beau coup de soleil. Rapidement nous préparons une table pour la première station et les antennes commencent à sortir des cartons. En fin de journée nous pouvons faire les premiers QSO, 16h08 GMT F5OGL sera le premier contacté sur les équipements de TO4E. Mais, l'équipe est épuisée et l'énergie est stoppée à 20H17. Heureusement, à ce moment là il n'y a que très peu de moustiques mais la chaleur moite de la nuit ne nous offre qu'un repos relatif.

tortue verte équipée d'une balise par l'équipe de l'IFREMER

25 novembre. Avant le lever du jour, il faut préparer les six tortues pour l'embarquement. F5IRO et F5CW participent à cette délicate opération. Chaque tortue pèse plus de 150 kg et les trois scientifiques n'auraient pas pu réussir seuls. Une dizaine de personnes du détachement arrivent finalement pour terminer le chargement. Chaque nuit, selon les marées, des dizaines de tortues vertes viennent pondre dans le sable. Au petit matin, le haut des plages ressemble à un champ de bataille. Sous un soleil cuisant nous installons la beam HB33. Ce sera fait à la deuxième tentative. Seulement à 7 m du sol, c'est peu mais on ne peut faire mieux. La 4 éléments 50 MHz DXSR est aussi placée sur un petit mat à 6 m du sol et la balise est activée vers 07h00 GMT. Puis nous tendons les dipôles 18 et 24 en slopper. L'heure est venue de saluer notre bateau, de remercier le commandant et tout l'équipage qui va maintenant prendre la route du retour. En fin de journée une deuxième station démarre en PSK.

Le chef de détachement contrôle le carburant débarqué. Hélas, aucune trace des trois fûts commandés. Consternation. Nous lançons une recherche, mais loin de tout, pas facile de comprendre ce qui s'est passé. Les horaires sont donc réduits à un total de 8h30 d'énergie par jour. Toutefois, nous insistons pour disposer de 48 heures afin de participer au CQ WW CW avec TO4WW. Cette participation est un argument majeur qui nous a permis d'obtenir les autorisations.

colonie de sternes

Les premiers jours sont pénibles. Il faut souvent travailler dehors pour assembler les antennes, dérouler les câbles et les radians, enfoncer les piquets, dresser les mats. Les consignes sont strictes, il ne faut prendre aucun risque. Il n'y a sur place aucun médecin et très peu de moyens médicaux. Une blessure grave sonnerait la fin de l'expédition. Il nous faut durer et rester en forme.

Les 26 et 27 nous poursuivons l'installation et les essais d'antennes. La V40 puis la V80E sont montées au plus près de l'eau . Le soir du 27 les tests sur les bandes basses avec la V80E sont bons mais en réception le QRN est épouvantable. Il faut donc monter les antennes de réception. Une pennant est tendue entre les arbres et un dipôle 80m est installé à seulement 5 m du sol. Le QRN est plus faible sur le dipôle horizontal mais le niveau reste anormalement fort. Sur la pennant, le QRN reste au-dessus de S5-S6. Nul doute que des orages tropicaux doivent être actifs dans notre région. Cela rend le trafic très difficile sur 80 et 160 m. Plus tard, une boucle coaxiale fabriquée sur place n'a donné que des résultats médiocres.

une frégate mâle

Le 28 nous terminons l'installation et les vérifications des antennes. Nous devons être prêts pour le contest. TO4WW doit être actif 48 h et TO4E sera actif en fonction de la disponibilité des opérateurs. Cela permet de profiter au maximum de l'énergie. Trois opérateurs seront affectés au contest, les deux autres seront sur TO4E et pourrons faire de l'assistance. Surprise ! Une navette avion, programmée seulement depuis quelques jours, arrive vers 11h. Mais déception, pas de fûts de gasoil à bord. Cela permet de rencontrer l'officier "île" et de lui demander s'il peut vérifier où se trouvent les fûts commandés. Verbalement il confirme au chef de détachement qu'il faut nous donner l'énergie nécessaire.

Le 29, (02h55 locales) cinq minutes avant le début de contest, le groupe refuse de démarrer. Le temps de comprendre et de basculer sur le deuxième nous fait perdre quinze minutes. Nous serons réellement actifs pendant 46 heures à cause de deux coupures d'énergie, probablement dues à des infiltrations de pluie dans l'installation électrique. Dans la nuit du 29 au 30, à 00h16 GMT, alors que la station est sur 40m, le ROS de la V80 devient brutalement anormal... L'opérateur hurle pour demander de l'assistance ! Deux zombis, sortis de leur torpeur et équipés de leur lampe frontale, se précipitent dehors pour analyser la situation. Ils découvrent qu'une tortue a décidé de pondre au pied de la verticale. En creusant, elle a arraché quelques radians et déréglé la boite de couplage. Encore une perte de temps... Mais les tortues sont chez elles ! Alors nous décidons, pour les jours futurs, qu'il faudra rouler les fils des radians après chaque fin de trafic et les dérouler le lendemain matin. Soit 6 radians de 40 m et 10 radians de 20m pour la V80.

les chèvres d'Europa

Les piles-up sont monstrueux. Beaucoup de stations ne comprennent pas pourquoi nous ne trafiquons pas en split ! Il leur faudrait mieux lire le règlement du contest. A aucun moment nous n'avons demandé "up". De plus cela aurait totalement bloqué plus de 10 kHz de bande. D'autres se sont plaint que la vitesse CW était trop rapide... Ils ont pourtant tout le temps de s'entraîner, et ils pouvaient aussi trouver TO4E. Finalement nous auront seulement 4100 QSO dans le log TO4WW avec quelques doubles. Le pari était audacieux depuis une contrée aussi rare. Très difficile d'éviter les doubles lorsque les bandes sont saturées et que le pile-up s'étalent naturellement sur deux kilohertz. Nous avions choisi la catégorie Multi-Single. Toutefois, nous n'avons pas chassé les multiplicateurs et nous n'avions aucune aide possible car nous ne disposions ni d'Internet ni des clusters. En conséquence, notre score reste modeste.

Le 1er décembre nous retrouvons nos horaires limités. Si les stations qui nous attendent sont frustrées, dans leur fauteuil de velours, elles doivent imaginer ce que cela représente pour nous. Attendre des heures, à s'occuper au mieux, ici il n'y a pas de "pub", pas de télévision (pas d'énergie), pas de shopping, il fait très très chaud, dans l'eau il y a des requins, etc... C'est bien plus qu'une frustration. Le soir, à l'heure du repas, il y a de l'énergie. Aussi, un opérateur récupère les repas auprès du détachement et nous dînons lorsque l'énergie est coupée vers 22h45 locales, à la lumière de nos lampes et d'une bougie. De plus, Pascal est malade, une otite du coté droit le fait souffrir.

panneau emblématique de l'ile

2 décembre. En fin de journée, le chef de détachement décrète que nous devons réduire les horaires d'énergie. Nous passons à seulement 5h15 par jour. Les contacts pris par Didier F5OGL pour trouver une solution sont sans résultats. Nous devons donc réduire le trafic et nous n'avons pas le choix des horaires. Dans notre temps libre, parfois nous parvenons à récupérer de jeunes tortues, juste à la naissance, quand elles sortent du sable. Notre but est de les relâcher la nuit pour éviter qu'elles soient toutes dévorées par les frégates et les corbeaux. C'est souvent le gendarme qui donne l'alerte. Nous prenons alors tous les seaux et les gamelles qui nous tombent sous la main pour rejoindre la zone de naissance. Lors de ce séjour, plus de 1000 tortues ont été remise dans l'eau... Nous espérons avoir modestement contribué à la sauvegarde de l'espèce.

Nous parvenons à trouver une batterie en état de marche. En la rechargeant sur le groupe pendant 5 heures, nous pourrons avoir une station à des horaires différents et ainsi offrir quelques QSO supplémentaires avec encore des doubles car nous étions alors sur log papier. Cela nous oblige à réduire la puissance à 20 ou 30 Watts, parfois moins. Pascal est descendu jusqu'à moins de 1 Watt le 15 décembre. Mais aussi sur 80 m le 12 décembre juste avant le lever de soleil, Dany est présent en CW afin de faire quelques stations nord-américaines. La puissance est limitée à 70 Watts. Heureusement la V80 fonctionne bien et les signaux sont exploitables. Une apparition dans un créneau horaire non prévu provoque souvent des réactions et plusieurs stations nous ont qualifiés de pirate.

10 décembre. Nous apprenons que l'avion tactique qui doit venir nous chercher est retardé de deux jours. Il nous faut faire modifier nos billets d'avion vers Paris. Jack FR5ZU sera d'une efficacité exemplaire. Nos billets sont déplacés du 18 au 21 décembre.


Le 12 décembre, Dany prend contact avec les autorités militaires responsables du détachement. Aucun élément nouveau concernant l'énergie. Le commandant en second du 2° RPIMa devait nous rappeler pour nous donner des précisions. Mais la propagation semble avoir été trop mauvaise. Le manque d'énergie provoque la décongélation des aliments surgelés. La chambre froide est en panne depuis le 18 novembre et beaucoup de produits frais ont été périmés. Les premières restrictions de nourriture sont appliquées. Mais nous survivrons. Il y a quelques cocotiers sur Europa, du poisson à profusion et quelques chèvres sauvages. Le boulanger fait des merveilles avec peu de moyen, jusqu'au bout nous aurons notre ration de pain quotidien.

Le 14 décembre. Nous décidons de démonter la beam. En effet, une dépression tropicale sévère, qui circule dans le canal de Mozambique depuis dix jours, se rapproche d'Europa. Le 15 décembre nous démontons la V80 et la beam 50 MHz. Le 16, nous poursuivons le démontage et nous commençons le remballage des équipements. L'arrivée de la dépression devenue un cyclone baptisé CELA nous inquiète. S'il poursuit sa route, aucun avion ne pourra venir avant plusieurs jours à cause des vents et de l'état de la piste d'atterrissage. Dans la nuit le vent forcit et les pluies sont violentes. CELA est sur nous et des rafales à plus de 120 km/h sont enregistrées. Puis les capteurs météo cessent de fonctionner. L'œil du cyclone arrive vers 12h, grand calme, sans vent, le soleil revient, la chaleur torride envahie l'air. Des milliers de libellules ont été poussées des marais du sud de l'île. Nous préparons la renverse. En effet, dans peu de temps le vent va revenir mais cette fois dans l'autre sens. Il faut donc modifier la configuration des protections disposées sur les portes et les fenêtres.


Vers 14h, c'est l'enfer au paradis ! Le vent vient maintenant de l'océan et la végétation de l'île ne nous protège plus. Les observations montrent des rafales à 130 - 140 km/h, l'eau et le sable entrent par tous les joints de portes, de fenêtres, par tous les interstices. Il faut mettre tous les cartons en hauteur et garder le contrôle de la situation. Le lendemain, du sable sera retrouvé collé à deux mètres de haut sous les gouttières. Cette fois, le vent violent parvient à arracher la toiture de la salle à manger et des cuisines. Les personnels du détachement trouvent refuge dans un petit bâtiment et nous préviennent. Pour le moment il est impossible de circuler dehors. Des pierres tapent dans les portes et beaucoup de branches arrachées peuvent devenir des projectiles dangereux. La V40, seule antenne laissée en place, est très résistante. Elle est montée sans haubans et elle se courbe fortement sous les bourrasques. Le soir du 17 décembre, les personnels du détachement militaire nous rejoignent dans le bâtiment Météo. Nous organisons les lieux pour héberger 12 personnes supplémentaires. Seuls le chef de détachement et le chef radio resteront dans leur local qui est intact. Il faut aussi réorganiser des cuisines et improviser une salle à manger. Heureusement que la station principale avait été complètement emballée, cela libérait un peu de place.

Le 18, Nous démontons la dernière antenne et nous terminons les emballages. En fin de journée nous apprenons que notre retour est encore retardé. En effet, les avions n'aiment pas circuler dans les zones cycloniques actives. Le message annonce "peut-être" dimanche 21 décembre... Une fois de plus nous devons faire décaler nos billets vers Paris. Dany demande qu'ils soient prévus pour le 23 décembre. Une marge qui permet de supporter un éventuel retard supplémentaire.

19 décembre, Pascal suggère de remettre une station en service. C'est une bonne idée car nous tournons en rond et la tension monte. Dany donne le feu vert, on ressort le FT-1000 et la verticale multibandes. Vers 15h20 GMT la station peut redémarrer. Une fois encore, les stations qui n'ont pas eu l'information ont cru à un pirate. Le 20 décembre, il faut faire tourner les congélateurs pendant plusieurs heures avant l'arrivée de l'avion. Cela nous permet d'avoir de l'énergie de 1115 à 1950 GMT, donc d'être une dernière fois sur l'air et de faire 1200 QSO de plus.

image satellite du cyclone

Le matin du dimanche 21, l'avion est confirmé, nous démontons la dernière station, nous refaisons les emballages. Le fret est prêt à 08h30 et nous l'emportons en bord de piste. L'avion se pose comme prévu (Ph.22). La relève du détachement en descend avec beaucoup de fret. L'équipage nous signale qu'ils comptent repartir vite, ils prennent leurs repas sur place, à l'ombre de l'avion et, puisqu'ils ont 12 repas pour 5, ils nous invitent à partager. C'est une délectation. Cela fait plus de 15 jours que nous n'avons pas pris un repas complet avec des produits frais, du fromage, des fruits, des yaourts... Nous glisserons le surplus dans les poches du gendarme qui nous a supportés pendant tout notre séjour. Un grand merci à Eric Leperre pour sa gentillesse. Il était impatient de repartir... L'équipe de radioamateurs sera seule à bord pour le retour. Car le détachement qui quitte l'île ne partira que le lendemain, le 22 décembre en principe. En fait, nous avons détérioré une hélice lors du décollage d'Europa et l'avion est resté indisponible pendant une journée. Nous verrons le C160 Transall se poser à l'aéroport de St Denis Gillot juste avant notre départ pour Paris le 23 décembre... Notre fret restera bloqué sous douane en raison de la période de fêtes de Noël et du nouvel an. Les bureaux sont fermés, impossible de faire les démarches avant le 5 janvier.

les mesures pendant le cyclone

Une fois de plus, notre court séjour à La Réunion fut magistralement organisé par l'adjudant-chef Alain Gillard et le capitaine Burban. Dès le lundi matin nous appelons Air France pour vérifier la modification de nos vols. Stupéfaction ! Nos vols ne sont pas confirmés. Nous appelons Jacques FR5ZU et nous allons directement au bureau d'Air France pour confirmer nos vols. Un grand merci à Jacques pour nous avoir accompagnés et avoir réussit à faire accepter nos modifications, à cause ou grâce au cyclone CELA. Nous avons aussi retrouvé Yvon FR1GZ pour lui restituer son antenne et évoquer nos péripéties en prenant un verre.

le retour

En conclusion, en 210 heures de trafic seulement 34000 QSO ont été réalisés, avec une bonne part en RTTY ou PSK grâce à Jean-Louis F5NHJ et Eric F5JKK, presque 4000 QSO. L'effort sur les bandes basses a été limité en raison des créneaux d'énergie disponible. Toutefois, du 30 m au 160 m il y a 6377 QSO. Et, pour la première fois, des QSO sur 50 MHz ont été faits, uniquement avec des stations ZS, en MS ou en Tropo. Une première ZS - FR/E aussi avec un QSO sur 2 m en MS.

Le film réalisé par Dany F5CW


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