FT5GA - Glorieuses - 2009


Le 24 décembre 2003, l’équipe de TO4E, Europa 2003 rentrait en France après une expédition difficile : manque de courant électrique, passage d’un cyclone, manque de matériel. Néanmoins, 30 000 QSO’s avaient été réalisés par une équipe soudée et motivée. A leur retour, nous n’avons pas mis longtemps à nous rendre compte qu’un goût d’inachevé nous restait dans la gorge. D’autres contrées restaient à activer et nous décidions de recommencer un nouveau challenge : aller sur les Glorieuses !

Nous remettant au travail, nous étions confrontés à des changements des membres de notre équipe. En effet, lors de la première opération sur Europa, nous avions été avertis que la restriction d’accès sur ces îles pouvait être négociée avec les autorités de la Réunion sous certaines conditions. La rareté d’activation des Glorieuses était un but qui nous renforçait dans la perspective de ne jamais renoncer à ce projet.

Le principal problème est l’accès même de l’île. Même si celui-ci est strictement contrôlé, il est interdit et même difficile pour un avion de transport à se poser sur Grande Glorieuse et l’accès par la mer est très hasardeux. Seuls les avions tactiques militaires de type transall sont habilités à se poser sur la piste faite de corail pilé.

Pendant les négociations avec les autorités civiles et militaires, nous étions de 2004 à 2006 confrontés à plusieurs évènements locaux qui obligeaient le report de l’opération. 0 la fin de 2006, nous recevions un premier feu vert mais la situation sanitaire sur le Réunion nous contraignait de nouveau à repousser.

En 2007, un fait inattendu nous empêchait de travailler sur le dossier. En effet, la souveraineté des îles éparses passait sous la responsabilité de la préfecture des Terres Australes et Antarctiques Françaises et nous devions repartir de zéro. La prise en compte de cette zone par cette administration allait durer plus d’un an avant que nous n’ayons l’opportunité de présenter notre projet en passant par les autorités militaires de la Réunion. Finalement, c’est en mars 2009 que nous obtenions une entrevue avec monsieur MOUCHEL-BLAISOT, préfet des TAAF qui, avant de prendre sa décision, désirait nous rencontrer. Cette rencontre a eu lieu le 18 juin 2009 à Paris et ayant présenté notre projet, ce haut fonctionnaire nous donna son autorisation assortie des restrictions en vigueur sur les îles éparses.

L’opération était prévue au mois de juillet mais fut à nouveau repoussée suite au dramatique crash d’un avion au large de l’archipel des Comores. Enfin, après une coordination parfaite entre toutes les autorités et l’aide précieuse d’officiers des forces armées de la zone sud de l’océan indien, nous obtenions notre indicatif FT5GA et l’autorisation d’effectuer un passage pendant la relève du détachement militaire de la Légion. La durée était donc fixée à une vingtaine de jours d’opération.

L’indicatif donné par l’administration des TAAF surprit beaucoup de monde mais ce changement était logique en raison du transfert de souveraineté. Ainsi, non seulement FR/G devenait FTxG mais également FR/E devenait FTxE, FR/J devenait FTxJ et FR/T devenait FTxT.




Quelques jours avant le départ, F5PRU, F4EVR et F5OGL emmenaient 290 kg de matériel à Roissy pour y être pris en charge par la société LOGFRET et son représentant, m. Alain LE FELLIC qui apporta une aide extrêmement précieuse.

La quasi-totalité du matériel avait été prêté par nos amis de F6KOP qui ne s’étaient posés aucune question et avaient accepté spontanément de nous prêter leurs antennes et leur amplificateurs d’expédition dans le plus pur esprit OM. Cela changeait radicalement des critiques qui fusaient déjà en faisant un procès alors que l’expédition n’était même pas commencée.

Tous les transceivers de l’expédition étaient des appareils personnels, aucune grande entreprise commerciale n’ayant répondu, même par la négative, à nos demandes d’aides. Seul, le magasin BATIMA de Strasbourg avait répondu présent. Merci à eux…

A ce sujet, beaucoup d’OM nous ont questionné sur le fait que les opérateurs ont emmené leur matériel personnel alors que d’autres expéditions se voient prêter voire même donner du matériel. Nous n’avons pas d’explications sur ce sujet même si nous avons été frustrés du manque d’intérêt de la part des distributeurs ou constructeurs de matériel pour cette expédition française sur le « most wanted n°4 »….




Le 11 septembre, l’équipe au complet composée de F5PRU, Yves-Michel ; F5LPY, Bernard ; F4EGS, Philippe ; F8CRS, David et F5IRO, Freddy, se retrouvait à Roissy en compagnie de Florence, notre journaliste pour y prendre un avion en direction de la Réunion.


A leur arrivée, ils étaient attendus par un militaire de la base aérienne 181 avec un véhicule qui les conduisit à leurs chambres de passage. L’équipe se mettait aussitôt au travail pour configurer les ordinateurs.


Dans la journée du dimanche 13 septembre, FR5MV venait visiter l’équipe en apportant une antenne verticale qu’ils installaient pour effectuer quelques contacts en /FR.


Le lendemain, l’équipe et son matériel embarquait à bord du transall de l’armée de l’air en compagnie de M. PERILLO, chef  de cabinet du préfet des TAAF et responsable des îles éparses et du lieutenant-colonel SIOZARD, chef de la division logistique de l’état major des forces de la zone sud de l’océan indien. Ces deux personnes avaient usé de leur influence et beaucoup aidés à la préparation de l’expédition. L’avion décollait à 10h35 pour arriver à Dzaoudzi sur Mayotte à 12h30. L’équipe est alors accueilli par le capitaine CARRARO, officier île du détachement de légion étrangère de Mayotte, à nouveau un officier qui nous a offert une aide très précieuse.

A ce moment, l’équipe prenait contact avec le chef de détachement de la grande Glorieuse, l’adjudant-chef CINIAWSKI avec qui ils passeraient 25 jours sur le site. Ce sous-officier d’origine polonaise sera leur chef sur l’île et ils s’en feront un ami au cours du séjour. L’équipe au complet était présentée à monsieur MOUCHEL-BLAISOT, préfet des terres australes et antarctiques françaises qui a autorisé l’opération.

L’arrivée sur l’île avait lieu à 16h27 le 14 septembre et aussitôt, les opérateurs déchargeaient le matériel de l’avion et effectuaient une reconnaissance pour le montage des antennes en fonction des recommandations du chef de site. En effet, ils ne pouvaient mettre leurs antennes n’importe où…


Le lendemain, l’équipe installait une spiderbeam 5 bandes vers l’Europe pour faire une démonstration aux VIP sur place. Celle-ci avait lieu à 11h00 devant Mr MOUCHEL-BLAISOT, préfet des TAAF, Mr DERACHE, préfet de Mayotte, le lieutenant-colonel SHIFFER, commandant le détachement de légion étrangère de Mayotte, le lieutenant-colonel LE GUEN, le capitaine CARRARO et Mr PERRILLO.

Après cette démonstration, l’ensemble de l’équipe cessait ses émissions pour les passations de consignes obligatoires du détachement, notamment en matière de sécurité. A partir de 17h00, l’équipe montait l’antenne V80 et deux autres stations complètes.

Mercredi 16 septembre, l’équipe continuait à monter les antennes avec quelques problèmes rapidement résolus. Une seconde siperbeam étaient montée ainsi que la V40. A 21h08, F5LPY lançait le premier appel sur 20 mètres en CW alors que Philippe, F4EGS lançait appel en RTTY sur 30 mètres, puis sur 40 mètres sans aucune réponse.


Pendant la nuit, le trafic s’intensifiait en CW sur 20 mètres d’abord avec l’Europe puis les USA, en CW 40 mètres dans le même esprit puis sur 80 mètres CW. Le trafic avait lieu avec un bruit infernal (QRN) et de violentes rafales de vent à l’extérieur.

Jeudi 17 septembre, le trafic continue à un rythme soutenu. L’après midi, l’équipe monte la K9AY de Array solutions.


Vendredi 18 septembre, FT5GA monte la V160. Le bruit sur cette bande est terrible. La présence permanente d’orages violents au nord de l’île y est certainement pour quelque chose.



Les jours suivants, le trafic est important rythmé par les coupures obligatoires du générateur et les occupations professionnelles de certains opérateurs. Chaque coupure de trafic est nécessaire et n’est pas négociable. D’autres missions ont été assignées aux cinq opérateurs.




Samedi 26 et dimanche 27 septembre, FT5GA participe au CQ WW DX RTTY.

Le lundi 28 septembre, l’équipe a la surprise de s’apercevoir que le 10 mètres fonctionne bien et ils se précipitent dans la brèche.

Le mardi 29 septembre, l’ensemble de l’équipe fête la Saint Gabriel, patron des transmissions.




Recevant jour après jour un état de notre trafic et se rapprochant de la fin de l'expédition, le compteur du nombre de QSO’s nous indique le dépassement des 40.000 contacts. La fièvre ne cessant de grimper, la barre du nombre de QSO’s est remontée d'un cran.


Le mardi 6 octobre, nous commençons à démonter la K9AY, et dans le même temps nous mettons en œuvre une quatrième station - qui à l'origine devait servir de dépannage. Cette station ne fonctionnera qu'en CW et à une puissance de 100 W afin de fournir un effort supplémentaire pour la toute fin de l’expédition.

Le mercredi 7 octobre, l’équipe démonte la spiderbeam WARC et la 5 bandes Europe. A 08h35, le dernier QSO est effectué en RTTY avec une station japonaise et le démontage de la V40 est effectué.




Après un nettoyage sommaire des antennes, les transceivers et les amplificateurs sont dépoussiérés. Le lendemain, la dernière spiderbeam est démontée et l’avion arrive à 15h30.


L’équipe quitte la grande Glorieuses le vendredi 9 octobre à 13h00 pour arriver à la Réunion à 20h09 via Mayotte.



Le mardi 13 octobre, F4EGS quitte l’équipe avec le matériel à bord d’un HERCULES de l’armée de l’air pour rentrer sur Orléans via Djibouti. L’équipe rencontre Mr NEAU du quotidien de la Réunion pour une interview.





Enfin, le jeudi 15 octobre, l’équipe arrive à Roissy sans Florence qui rentre le lendemain.

Le 20 octobre, F5OGL et F5PRU vont chercher le matériel à Orléans pour l’amener vers Bray sur Seine à F4TTR, président de F6KOP.

FT5GA était fini au moment précis où nous rendions ce matériel à nos généreux camarades. Yves-Michel et moi nous sommes regardés en montant dans la camionnette et nous sommes serrés la main en riant avec aussi un peu d’émotion.

A ce moment là, je me disais: que de chemin parcouru depuis 5 ans, que de travail de patience, quelle fierté aussi d’avoir ainsi réussi une expédition loin des standards que l’on peut voir maintenant : 25 opérateurs, 6 stations, des milliers de dollars de budget….

Que de bavardages inutiles aussi, des remarques désobligeantes, d’insultes parfois. Que de critiques sans connaître, de comparaisons avec d’autres expéditions, de réflexions idiotes et non fondées. Les cinq mecs qui sont partis là bas ne m’ont pas déçu. Ils n’ont jamais été découragés, (presque) jamais fatigués. Même s’ils n’excusent pas tout, ils comprennent les dires et propos de certains. Quelque soit le coté du transceiver, un « most wanted n°4 » se mérite. Ce n’est pas F5CQ, Rafik, F6AOJ, Jeff ou notre ami Floyd, N5FG qui diront le contraire. Dans l’ombre, ces trois potes ont œuvrés pour arriver à ce résultat. Nos stations pilotes qui nous retransmettaient leurs observations et celles de ceux qui voulaient nous aider ont fait un travail remarquable.

Finalement, tout cela est un grand édifice fragile mais quelle aventure !!!!


Il me faut penser aussi à toutes ces autorités civiles ou militaires pour qui le radio amateurisme est un monde étrange peuplé d’orignaux. Des gens qui ne comprennent pas forcément pourquoi nous les tannons pour aller là bas alors que des décisions gouvernementales l’interdisent. Et pourtant, ils nous ont écoutés, compris et aidés. Ils savent déjà que les retombées médiatiques qu’ils sont en droit d’attendre seront bien peu de choses par rapport aux grands problèmes contemporains mais ils sont tout de même heureux d’avoir aidés une poignée de DXers qui voulaient aller sur ce bout de terre de France perdu dans l’océan indien.
Remercier ceux qui nous ont aidés serait trop long et j’ai trop peur d’en oublier. C’est la raison pour laquelle je préfère vous inviter à aller consulter notre site web http://glorieuses2008.free.fr/ tenu de main de maître par Rafik. Tous nos amis qu’ils soient militaires, civils, clubs, commerçants, hautes autorités ou simple exécutant, ils sont tous là.

Que reste t-il après que le bouton off soit enclenché ? Un soulagement que tout se soit fragilement imbriqué parce que cette aventure est un gigantesque puzzle qu’il faut reconstituer.

FT5GA, c’est fini. On travaille sur autre chose actuellement.

Dans cet article, il y a une seule personne que je veux remercier : c’est ma collectionneuse de timbre, mon XYL Caroline. Elle a toujours été un immense soutien pour moi contre vents et marées. Combien d’e-mails a-t-elle rédigée? Combien de fois, elle m’a encouragé ? Je ne saurais le dire. Je l’admire en la voyant ouvrir les demandes de QSL car jamais elle ne m’a laissé tout seul dans cette grande entreprise.

Didier F5OGL leader et QSL manager de Glorieuses 2009 FT5GA

FT5GA_2009 par Gloriosos_2009





























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