mardi 18 octobre 2011

Souvenirs de la 782ème CER en Algérie 1956/1957

Merci à Michel F5LBD qui m'a adressé un récit de son passé militaire en tant que radio en Algérie, voici son histoire:


De retour d’Indochine le 2 juin 1956, après un congé de fin de campagne, je suis affecté à la 782ème Compagnie d’écoutes et de radio goniométrie à Hydra en Algérie. Je rejoins mon affectation par avion Marseille-Alger le 8 septembre 1956. Le PC de la CER est installé à Hydra dans la villa ‘’Dar el alia’’ sur les hauteurs banlieue d’Alger. J’y retrouve quelques sous-officiers qui étaient avec moi en Indochine.
J’accomplis les formalités d’usage dans les divers bureaux. Fait nouveau : je dois ouvrir un compte chèque postal sur lequel sera virée ma solde. Depuis 1949, nous étions payés en espèces par le trésorier de l’Unité, cela peut paraitre insolite aujourd’hui. En Indochine nous avions la faculté d’une délégation de solde, une certaine somme vers la métropole.
Le lendemain de mon arrivée le 10 septembre, j’effectue des contrôles radioélectriques, pas pour longtemps.


Le 18 septembre 56, je suis désigné comme chef de poste à Ben Gardane sud tunisien, trajet Alger-Tunis par un avion militaire, ensuite Gabés par le train et enfin Ben Gardane par un convoi militaire.
Arrivé à Gabés le 20 septembre, je dois attendre mes bagages pendant plusieurs jours et loger à l’hôtel en attendant. Les bagages arrivent en gare de Gabés le 22 septembre, soit deux jours après moi.
Le contact est établi avec le chef du convoi militaire. Nous chargeons mes bagages dans sa jeep et je prends place à côté de lui. C’est un sous-officier de l’arme du train, sympathique, il m’explique bien des choses sur le pays, le temps passe..
Il fait nuit lorsque nous apercevons les lumières de Ben Gardane, mais nous sommes encore loin, il reste une bonne trentaine de kilomètres, on peu voir très loin dans le désert jusqu’à la courbure de la Terre.
Arrivée à Ben Gardane vers 22 heures, le poste que je dois rejoindre se trouve à quelques kilomètres de Ben Gardane, un dernier voyage en jeep et c’est enfin l’ultime voyage.
Le lendemain matin, je prends les consignes auprès du Sergent-chef Simon qui part en stage à Agen.
Mon équipe se compose d’un Sergent-chef plus jeune que moi en grade, deux sergents et deux soldats du contingent originaire de Tunis qui sont censés traduire l’arabe parlé. Si bien que lorsque nous entendions radio Tripoli au cours de nos contrôles radioélectriques, mes traducteurs sont incapables de traduire, car cette radio s’exprime en arabe littéraire ou bien peut-être en langue de Lybie peut-être différente de la Tunisie et Algérie ?
Premier constat : pas d’eau courante, pas d’électricité.
La compagnie du Bataillon d’Infanterie Légère qui occupe le camp a mis à notre disposition une citerne sur roue de l’armée. Cette eau sert à faire notre toilette avec une boîte que l’on se verse pour se rincer comme en Indochine. Pour ma part je me lave le visage dans mon casque lourd.
Notre équipement radio émission et réception est alimenté par des batteries au plomb 12 volts, elles mêmes rechargées par un petit groupe Briban fonctionnant à l’essence.
L’opérateur de service pour les contrôles radioélectriques lorsqu’il fait nuit, s’éclaire avec le cadran du récepteur, la vue s’habitue à ce faible éclairage.
Le bâtiment que nous occupons comprend trois petites pièces avec un toit en terrasse, c’est une ancienne infirmerie du temps avant 1940 où le camp était occupé par la cavalerie.
La pièce du milieu est utilisée pour la radio et les deux autres pièces servent de chambre à coucher.
Avant de me coucher le soir, j’ai réussi à m’éclairer avec une BA 70 de l’armée, sur laquelle il y a plusieurs tensions, la sortie 12 volts alimente une petite ampoule de bicyclette.
Notre mission est celle décrite plus haut, le Sergent-chef, les deux Sergents et moi-même sont de service à tour de rôle, l’écoute est assurée 24h sur 24.
Dans le courant de cette automne 1956, des Officiers jusqu’au grade de Colonel sont venus visiter notre station et poser quelques questions sur notre Mission. Situation délicate pour moi en l’absence d’un officier de mon PC à Hydra Alger. Que fallait-il expliquer ? Que fallait-il ne pas dire ? Enfin aucun n’insiste, je m’en sors pas trop mal.
Le BIL qui occupe le camp, comprend quelques cadres avec pour effectif des soldats du contingent affectés à ce camp par mesure disciplinaire, ils se sont couchés sur les voies au départ de la gare de Lyon à Paris lors de leur départ pour l’Algérie, embarqués de force par les CRS.
Un Lieutenant commande cette Unité, un cadre m’a expliqué que le Lieutenant a été prisonnier chez les viets en Indo. Gradés et soldats sont tous disciplinaires sauf le trésorier et un autre sous-officier.
Je suis passé une fois devant le bâtiment où logent les soldats disciplinaires dont quelques-uns se trouvaient à l’extérieur, leurs regards m’ont bien semblé empreints de curiosité et d’hostilité, même s’ils pouvaient bien voir que je n’étais pas un cadre du BIL.
Après deux mois de contrôles radioélectriques sur les bandes décamétriques, il est bien évident que nous n’avons pas trouvé de réseaux radio du FLN, ces derniers ne se manifesteront qu’au courant de l’année 1957 émettant depuis des pays limitrophes de l’Algérie en Blind (1) vers l’intérieur ou bien communiquant d’un pays limitrophe avec un autre pays limitrophe de l’Algérie (pays faciles à identifier).
Pour revenir à notre poste de Ben Gardanne, en vérifiant le bon état de charge de nos batteries 12 volts, je constate que le niveau d’électrolyte est bien bas. A défaut d’eau déminéralisée je pourrais mettre de l’eau de pluie filtrée par un tissu, mais il ne pleut pas. Un commerçant épicier de Ben Gardanne, m’assure qu’il peut me procurer de l’eau déminéralisée, il s’absente et revient avec deux bouteilles en affirmant que c’est de l’eau déminéralisée. Je n’ai pas confiance malgré ces affirmations. De retour au camp, je complète les niveaux des batteries. Le groupe Briban est démarré, une batterie explose projetant de l’électrolyte sur les vêtements d’un traducteur. Il a reçu un éclat de bakélite à l’arcade sourcilière. On le soigne immédiatement, par chance il n’a pas reçu d’électrolyte à l’œil ni dans la figure. Mais ses habits sont déjà brûlés par le liquide de la batterie.
La coupure guérit rapidement en quelques jours, c’est une chance dans ce genre d’accident.
L’eau de l’épicier était tout simplement de l’eau du coin, qui plus est de l’eau magnésienne.
Le premier jour de mon arrivée au camp, j’ai bu de cette eau et j’ai été pris de diarrhées peu après.
Non prévenu, c’était sans doute la farce pour tout nouvel arrivant.. ?


Les jours, les semaines passent avec chacun notre tour de permanence à la Radio.
Les moments de repos de jour se passent en parties d’échecs interminables.
Faire du sport, c’est bien difficile avec cette chaleur dans le sud tunisien.
J’ai une liaison radio assurée à l’aide de l’ANGRC9 une fois par jour avec mon PC à Hydra Alger.
Je lui envoie mes comptes rendus de contrôles et je reçois des directives diverses chiffrées.
Dans le courant du mois d’octobre 1956, nous apprenons qu’un avion transportant les chefs du FLN du Maroc vers la Tunisie a été obligé d’atterrir sur l’aérodrome de Maison Blanche en Algérie.
Voilà les chefs du FLN prisonniers, les autorités Tunisiennes et Marocaines protestent.
Quelques jours plus tard, j’apprends par un cadre du BIL que le camp est encerclé par l’armée tunisienne. Le Lieutenant me demande de monter la garde chacun notre tour en nous hissant sur le toit terrasse de notre bâtiment. Un des deux sergents me dit qu’il a vu la tête d’un homme de l’autre côté du mur qui semblait surveiller le camp.
Après plusieurs jours, le Lieutenant du BIL tente une sortie en jeep, après un moment il revient avec des impacts, des trous dans la carrosserie de la jeep, les soldats de l’armée tunisienne ont tiré avec un FM sur la jeep.
Bien que le Lieutenant dispose d’armes, il n’ose pas armer les soldats disciplinaires.
Un petit avion vient tous les jours aux environs de midi, survole notre camp en balançant les ailes, comme quoi on ne nous oublie pas.. hum !
Radio Monte Carlo que nous captons sur l’ANGRC9 annonce aux informations que les barrages sont levés en Tunisie. Information fausse puisque nous sommes toujours encerclés par l’armée tunisienne.
Les barrages ne seront réellement levés que quelques jours plus tard.
Au début du mois de novembre la Compagnie du BIL quitte le Camp de Ben Gardane pour Fort Mac Mahon en Algérie.
Un détachement de l’Armée de l’Air s’installe dans le camp avec un radar de surveillance de la zone. L’ambiance change complètement avec les aviateurs et c’est plus détendue.
La veille de Noël 1956, j’ai reçu l’ordre d’emballer tout le matériel pour rejoindre le PC à Hydra avec les personnels, armes et bagages. Le 26 décembre un GMC venu de Gabés nous transporte avec notre matériel de Ben Gardanne à Gabés. Nous repartons le 27 décembre avec le même véhicule destination Tunis Et enfin par avion militaire Tunis-Alger.
Nous quittons Tunis le 29 décembre 1956 à 15 heures et arrivée Maison Blanche en fin d’après-midi. Le lendemain je réintègre les matériels, le responsable du magasin me félicite pour la bonne tenue des matériels.
Le 27 janvier 1957, j’ai rejoins un détachement de la 782 CER à Marnia près de la frontière marocaine. De chef de poste que j’étais à Ben Gardanne, je suis devenu opérateur.
Après à peine un mois de contrôles radio je suis rappelé à Hydra le 26 février et envoyé en stage avec d’autres sous officiers pour préparer le Certificat Interarmes qui se déroulera le 12 avril.
Un seul sous-officier est reçu à ce Certificat.
Le 9 mai 1957 je suis chef de poste en mobile, mon équipe se compose d’un Sergent, un chauffeur, deux soldats du contingent (encore des traducteurs d’arabe parlé) pour effectuer des contrôles radioélectrique uniquement en Mode radiotéléphonie et modulation de fréquence.
Le matériel radio, les antennes, mâts etc.. sont transpostés sur un Dodge 4x4.
A notre arrivée dans diverses Unités, nous ne sommes pas reçu à bras ouverts, c’est le moins que l’on puisse dire. Les Unités où je séjourne plusieurs jours sont censées être averties par le PC d’Hydra de prendre en compte mes soldats pour la nourriture. Mais elles n’ont pas été prévenues et elles refusent de nourrir mon chauffeur et mes deux traducteurs. Une personne d’un bureau à Hydra n’a pas fait son travail, je suis obligé de nourrir mon équipage à mes frais. Avec ma solde de Sergent-chef je ne vais pas tenir longtemps. Je m’en expliquerai pas très content à mon retour à Hydra, c’est peut-être cette explication plutôt orageuse qui m’a valu une mutation ultérieurement... ?
J’assure seul les liaisons radio avec le PC à Hydra, aucune personne de mon équipage, y compris le Sergent n’est radiotélégraphiste.
Nous parcourons ainsi en radio mobile des localités et lieu dit de Kabylie : Mirabeau, Dra El Mizan, le Belloua (piton à 8 kms de Tizi Ouzou), Tigzirt, la Ferme Espagnole (ferme isolée entre Tigzirt et Dellys).
Retour à Hydra Alger le 26 juillet 1957. Pendant plusieurs mois j’effectue des contrôles radioélectriques (écoutes) dans un souterrain gardé par des aviateurs.


 Le 11 octobre 1957, surprise ! Je suis muté à la 2ème Compagnie du 57ème Bataillon de Transmissions au Cap Matifou près de Fort de l’Eau. Un sous-officier du 57 BT me remplace à la 782ème CER.
Pourquoi cette mutation soudaine ? Mystère ! Ai-je démérité ? Autres raisons ?
Dans un premier temps je suis responsable des moyens radios à l’Etat Major de la 7ème DMR.
Au début de 1958, je suis chef de poste avec 14 hommes au Douar Ben Ouadah dans la Mitidja entre Rivet et Fondouk..
Patrouilles, embuscades, assistance médicale gratuite assurée par un sergent du contingent, recensement etc..
Mais ceci est une autre Histoire, peut-être un autre récit ?
Que c’est loin tout cela et pourtant si près dans la mémoire ! C’était hier. Que sont devenus mes compagnons du poste Ben Ouadah Ouled Brahim ?
Michel audoin (âge 81 ans)
De retour d’Indochine le 2 juin 1956, après un congé de fin de campagne, je suis affecté à la 782ème Compagnie d’écoutes et de radio goniométrie à Hydra en Algérie.
Je rejoins mon affectation par avion Marseille-Alger le 8 septembre 1956.
Le PC de la CER est installé à Hydra dans la villa ‘’Dar el alia’’ sur les hauteurs banlieue d’Alger.
J’y retrouve quelques sous-officiers qui étaient avec moi en Indochine.
J’accomplis les formalités d’usage dans les divers bureaux. Fait nouveau : je dois ouvrir un compte chèque postal sur lequel sera virée ma solde. Depuis 1949, nous étions payés en espèces par le trésorier de l’Unité, cela peut paraitre insolite aujourd’hui. En Indochine nous avions la faculté d’une délégation de solde, une certaine somme vers la métropole.
Le lendemain de mon arrivée le 10 septembre, j’effectue des contrôles radioélectriques, pas pour longtemps.
Le 18 septembre 56, je suis désigné comme chef de poste à Ben Gardane sud tunisien, trajet Alger-Tunis par un avion militaire, ensuite Gabés par le train et enfin Ben Gardane par un convoi militaire.
Arrivé à Gabés le 20 septembre, je dois attendre mes bagages pendant plusieurs jours et loger à l’hôtel en attendant. Les bagages arrivent en gare de Gabés le 22 septembre, soit deux jours après moi.
Le contact est établi avec le chef du convoi militaire. Nous chargeons mes bagages dans sa jeep et je prends place à côté de lui. C’est un sous-officier de l’arme du train, sympathique, il m’explique bien des choses sur le pays, le temps passe..
Il fait nuit lorsque nous apercevons les lumières de Ben Gardane, mais nous sommes encore loin, il reste une bonne trentaine de kilomètres, on peu voir très loin dans le désert jusqu’à la courbure de la Terre.
Arrivée à Ben Gardane vers 22 heures, le poste que je dois rejoindre se trouve à quelques kilomètres de Ben Gardane, un dernier voyage en jeep et c’est enfin l’ultime voyage.
Le lendemain matin, je prends les consignes auprès du Sergent-chef Simon qui part en stage à Agen.
Mon équipe se compose d’un Sergent-chef plus jeune que moi en grade, deux sergents et deux soldats du contingent originaire de Tunis qui sont censés traduire l’arabe parlé. Si bien que lorsque nous entendions radio Tripoli au cours de nos contrôles radioélectriques, mes traducteurs sont incapables de traduire, car cette radio s’exprime en arabe littéraire ou bien peut-être en langue de Lybie peut-être différente de la Tunisie et Algérie ?
Premier constat : pas d’eau courante, pas d’électricité.
La compagnie du Bataillon d’Infanterie Légère qui occupe le camp a mis à notre disposition une citerne sur roue de l’armée. Cette eau sert à faire notre toilette avec une boîte que l’on se verse pour se rincer comme en Indochine. Pour ma part je me lave le visage dans mon casque lourd.
Notre équipement radio émission et réception est alimenté par des batteries au plomb 12 volts, elles mêmes rechargées par un petit groupe Briban fonctionnant à l’essence.
L’opérateur de service pour les contrôles radioélectriques lorsqu’il fait nuit, s’éclaire avec le cadran du récepteur, la vue s’habitue à ce faible éclairage.
Le bâtiment que nous occupons comprend trois petites pièces avec un toit en terrasse, c’est une ancienne infirmerie du temps avant 1940 où le camp était occupé par la cavalerie.
La pièce du milieu est utilisée pour la radio et les deux autres pièces servent de chambre à coucher.
Avant de me coucher le soir, j’ai réussi à m’éclairer avec une BA 70 de l’armée, sur laquelle il y a plusieurs tensions, la sortie 12 volts alimente une petite ampoule de bicyclette.
Notre mission est celle décrite plus haut, le Sergent-chef, les deux Sergents et moi-même sont de service à tour de rôle, l’écoute est assurée 24h sur 24.
Dans le courant de cette automne 1956, des Officiers jusqu’au grade de Colonel sont venus visiter notre station et poser quelques questions sur notre Mission. Situation délicate pour moi en l’absence d’un officier de mon PC à Hydra Alger. Que fallait-il expliquer ? Que fallait-il ne pas dire ? Enfin aucun n’insiste, je m’en sors pas trop mal.
Le BIL qui occupe le camp, comprend quelques cadres avec pour effectif des soldats du contingent affectés à ce camp par mesure disciplinaire, ils se sont couchés sur les voies au départ de la gare de Lyon à Paris lors de leur départ pour l’Algérie, embarqués de force par les CRS.
Un Lieutenant commande cette Unité, un cadre m’a expliqué que le Lieutenant a été prisonnier chez les viets en Indo. Gradés et soldats sont tous disciplinaires sauf le trésorier et un autre sous-officier.
Je suis passé une fois devant le bâtiment où logent les soldats disciplinaires dont quelques-uns se trouvaient à l’extérieur, leurs regards m’ont bien semblé empreints de curiosité et d’hostilité, même s’ils pouvaient bien voir que je n’étais pas un cadre du BIL.
Après deux mois de contrôles radioélectriques sur les bandes décamétriques, il est bien évident que nous n’avons pas trouvé de réseaux radio du FLN, ces derniers ne se manifesteront qu’au courant de l’année 1957 émettant depuis des pays limitrophes de l’Algérie en Blind (1) vers l’intérieur ou bien communiquant d’un pays limitrophe avec un autre pays limitrophe de l’Algérie (pays faciles à identifier).
Pour revenir à notre poste de Ben Gardanne, en vérifiant le bon état de charge de nos batteries 12 volts, je constate que le niveau d’électrolyte est bien bas. A défaut d’eau déminéralisée je pourrais mettre de l’eau de pluie filtrée par un tissu, mais il ne pleut pas. Un commerçant épicier de Ben Gardanne, m’assure qu’il peut me procurer de l’eau déminéralisée, il s’absente et revient avec deux bouteilles en affirmant que c’est de l’eau déminéralisée. Je n’ai pas confiance malgré ces affirmations. De retour au camp, je complète les niveaux des batteries. Le groupe Briban est démarré, une batterie explose projetant de l’électrolyte sur les vêtements d’un traducteur. Il a reçu un éclat de bakélite à l’arcade sourcilière. On le soigne immédiatement, par chance il n’a pas reçu d’électrolyte à l’œil ni dans la figure. Mais ses habits sont déjà brûlés par le liquide de la batterie.
La coupure guérit rapidement en quelques jours, c’est une chance dans ce genre d’accident.
L’eau de l’épicier était tout simplement de l’eau du coin, qui plus est de l’eau magnésienne.
Le premier jour de mon arrivée au camp, j’ai bu de cette eau et j’ai été pris de diarrhées peu après.
Non prévenu, c’était sans doute la farce pour tout nouvel arrivant.. ?

Les jours, les semaines passent avec chacun notre tour de permanence à la Radio.
Les moments de repos de jour se passent en parties d’échecs interminables.
Faire du sport, c’est bien difficile avec cette chaleur dans le sud tunisien.
J’ai une liaison radio assurée à l’aide de l’ANGRC9 une fois par jour avec mon PC à Hydra Alger.
Je lui envoie mes comptes rendus de contrôles et je reçois des directives diverses chiffrées.
Dans le courant du mois d’octobre 1956, nous apprenons qu’un avion transportant les chefs du FLN du Maroc vers la Tunisie a été obligé d’atterrir sur l’aérodrome de Maison Blanche en Algérie.
Voilà les chefs du FLN prisonniers, les autorités Tunisiennes et Marocaines protestent.
Quelques jours plus tard, j’apprends par un cadre du BIL que le camp est encerclé par l’armée tunisienne. Le Lieutenant me demande de monter la garde chacun notre tour en nous hissant sur le toit terrasse de notre bâtiment. Un des deux sergents me dit qu’il a vu la tête d’un homme de l’autre côté du mur qui semblait surveiller le camp.
Après plusieurs jours, le Lieutenant du BIL tente une sortie en jeep, après un moment il revient avec des impacts, des trous dans la carrosserie de la jeep, les soldats de l’armée tunisienne ont tiré avec un FM sur la jeep.
Bien que le Lieutenant dispose d’armes, il n’ose pas armer les soldats disciplinaires.
Un petit avion vient tous les jours aux environs de midi, survole notre camp en balançant les ailes, comme quoi on ne nous oublie pas.. hum !
Radio Monte Carlo que nous captons sur l’ANGRC9 annonce aux informations que les barrages sont levés en Tunisie. Information fausse puisque nous sommes toujours encerclés par l’armée tunisienne.
Les barrages ne seront réellement levés que quelques jours plus tard.
Au début du mois de novembre la Compagnie du BIL quitte le Camp de Ben Gardane pour Fort Mac Mahon en Algérie.
Un détachement de l’Armée de l’Air s’installe dans le camp avec un radar de surveillance de la zone. L’ambiance change complètement avec les aviateurs et c’est plus détendue.
La veille de Noël 1956, j’ai reçu l’ordre d’emballer tout le matériel pour rejoindre le PC à Hydra avec les personnels, armes et bagages. Le 26 décembre un GMC venu de Gabés nous transporte avec notre matériel de Ben Gardanne à Gabés. Nous repartons le 27 décembre avec le même véhicule destination Tunis Et enfin par avion militaire Tunis-Alger.
Nous quittons Tunis le 29 décembre 1956 à 15 heures et arrivée Maison Blanche en fin d’après-midi. Le lendemain je réintègre les matériels, le responsable du magasin me félicite pour la bonne tenue des matériels.
Le 27 janvier 1957, j’ai rejoins un détachement de la 782 CER à Marnia près de la frontière marocaine. De chef de poste que j’étais à Ben Gardanne, je suis devenu opérateur.
Après à peine un mois de contrôles radio je suis rappelé à Hydra le 26 février et envoyé en stage avec d’autres sous officiers pour préparer le Certificat Interarmes qui se déroulera le 12 avril.
Un seul sous-officier est reçu à ce Certificat.
Le 9 mai 1957 je suis chef de poste en mobile, mon équipe se compose d’un Sergent, un chauffeur, deux soldats du contingent (encore des traducteurs d’arabe parlé) pour effectuer des contrôles radioélectrique uniquement en Mode radiotéléphonie et modulation de fréquence.
Le matériel radio, les antennes, mâts etc.. sont transpostés sur un Dodge 4x4.
A notre arrivée dans diverses Unités, nous ne sommes pas reçu à bras ouverts, c’est le moins que l’on puisse dire. Les Unités où je séjourne plusieurs jours sont censées être averties par le PC d’Hydra de prendre en compte mes soldats pour la nourriture. Mais elles n’ont pas été prévenues et elles refusent de nourrir mon chauffeur et mes deux traducteurs. Une personne d’un bureau à Hydra n’a pas fait son travail, je suis obligé de nourrir mon équipage à mes frais. Avec ma solde de Sergent-chef je ne vais pas tenir longtemps. Je m’en expliquerai pas très content à mon retour à Hydra, c’est peut-être cette explication plutôt orageuse qui m’a valu une mutation ultérieurement... ?
J’assure seul les liaisons radio avec le PC à Hydra, aucune personne de mon équipage, y compris le Sergent n’est radiotélégraphiste.
Nous parcourons ainsi en radio mobile des localités et lieu dit de Kabylie : Mirabeau, Dra El Mizan, le Belloua (piton à 8 kms de Tizi Ouzou), Tigzirt, la Ferme Espagnole (ferme isolée entre Tigzirt et Dellys).
Retour à Hydra Alger le 26 juillet 1957. Pendant plusieurs mois j’effectue des contrôles radioélectriques (écoutes) dans un souterrain gardé par des aviateurs.
Le 11 octobre 1957, surprise ! Je suis muté à la 2ème Compagnie du 57ème Bataillon de Transmissions au Cap Matifou près de Fort de l’Eau. Un sous-officier du 57 BT me remplace à la 782ème CER.

 le poste radio militaire près de Ben Gardane Tunisie en septembre 1957

Pourquoi cette mutation soudaine ? Mystère ! Ai-je démérité ? Autres raisons ?
Dans un premier temps je suis responsable des moyens radios à l’Etat Major de la 7ème DMR.
Au début de 1958, je suis chef de poste avec 14 hommes au Douar Ben Ouadah dans la Mitidja entre Rivet et Fondouk..
Patrouilles, embuscades, assistance médicale gratuite assurée par un sergent du contingent, recensement etc..
Mais ceci est une autre Histoire, peut-être un autre récit ?
Que c’est loin tout cela et pourtant si près dans la mémoire ! C’était hier. Que sont devenus mes compagnons du poste Ben Ouadah Ouled Brahim ?
Michel Baudoin (âge 81 ans)
 

5 commentaires:

  1. Superbe récit Michel! chaque fois, vous nous emmenez un peu avec vous…
    Merci pour la mise en ligne Freddy.

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  2. bonjour
    l'histoire reste à écrire,les choses sont passés ainsi,on ne peut changer le cours de l'histoire,il faut regarder l'avenir et vivre le présent........
    je suis un habitant du douar ben ouadah,vu mon age,je ne me rappelle pas beaucoups de cette période,mais l'ancien camp comme on l'appelais existe encore meme s'il a perdu son point d'observation.........salut

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  3. Bonjour,
    Recherche anciens ou spécialistes pour vérifier que l'objet tenu pour non identifié soit ou pas un morceau d'antenne.
    Résumé : 2 tiges pleines raccordées par un raccord fileté et extrémités en forme de boule (alliage de cuivre ? )
    Zéro expérience en blog mais photo dispo via mail ou site web.
    Adresse : ko.lector-at=the-laposte.net
    Amateur d'écoute radio mais pas du tout radio-amateur !
    Cordialement.
    ko lector.

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  4. connaissez vous le capitaine marelle? alhambrajane@yahoo.fr

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